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Les livres de Fred Oberson et autres balivernes...

Je crois en Dieu, moi non plus...

Je crois en Dieu, moi non plus…

• Le musée créationniste a ouvert au public américain il y a quelques jours. Il présente la création de l’Univers et la vie sur Terre en se basant exclusivement sur la Bible.

Luis Lema, envoyé spécial à Cincinnati
Samedi 16 juin 2007

Mark Looy l’avoue d’entrée: «Plus jeune, j’étais l’un d’eux.» «Eux», ce sont ceux qui affirment que l’homme descend du singe; ceux qui assurent qu’il a fallu des millions d’années pour que la Terre se forme, et qu’elle n’a pas été créée en sept jours avec l’ensemble de l’Univers; ceux qui prétendent qu’Adam et Eve sont une allégorie et non le père et la mère véritables de tout le genre humain. Mais même si, du coup, il «comprend leur logique», Mark Looy n’est plus comme eux. Il a estimé qu’il était «plus raisonnable de croire ce que lui disait le Créateur». Il sait désormais qu’il faut prendre la Bible au pied de la lettre. Depuis lors, il s’est donné une mission: faire partager aux autres cette vérité contenue dans le texte de la Genèse, qui lui apparaît comme incontestable.

 

Avec une poignée d’autres convaincus, ce Californien est arrivé au bout de son rêve. Il vient d’inaugurer, près de Cincinnati, entre l’Ohio et le Kentucky, ce qui est sans doute le plus grand musée du monde consacré à la Création. Des personnalités publiques, hommes politiques, sénateurs, juges, étaient présentes. Treize ans de travail couronnés, 27 millions de dollars récoltés auprès des donateurs, près de 300 personnes employées: c’est le musée dont parle toute l’Amérique. Surtout pour s’en inquiéter.

A première vue, le «Creation Museum» semble un musée d’histoire naturelle comme les autres, accueillant ses centaines de visiteurs dans un cadre de verdure magnifique. Mais dans le hall, les choses se dérèglent: les mannequins d’enfants préhistoriques qui s’amusent au bord d’une rivière pleine de poissons côtoient des dinosaures articulés, paisibles comme des agneaux. Plus loin, les fabuleux fossiles dont le musée a fait l’acquisition sont datés avec précision: 4300 ans, le temps qui nous sépare de l’arche de Noé et du déluge sous lequel ces animaux auraient péri. Ailleurs encore, des oiseaux multicolores servent à démontrer qu’il est «impossible» d’arriver à pareille diversité par le processus de l’évolution.

«Vous le voyez, il y a beaucoup de science ici», résume Mark Looy en montrant un fossile de poisson dont on distingue jusqu’à la plus petite arête et dont les scientifiques évalueraient l’âge à des centaines de milliers d’années. «Nous partons tous des mêmes preuves initiales. C’est l’interprétation qui est différente. Après tout, les scientifiques sont les premiers à admettre que les faits ne parlent pas d’eux-mêmes.»

C’est précisément cette volonté de jouer d’égal à égal sur le terrain de la science qui a rendu furieux les opposants au musée. Le jour de l’ouverture, l’affluence du public était telle, que les 600 places de parking ne suffisaient pas. Il y avait des voitures de 31 Etats américains différents, et même du Canada. Certains visiteurs ont dû patienter pendant plus de quatre heures avant de passer les portes du bâtiment. Ils ont eu tout loisir de voir la bannière de l’avionnette qui tournoyait au-dessus d’eux en parodiant le commandement biblique: «Tu ne mentiras pas!»

Patricia Princehouse est une sympathisante de DefCon (pour «défense de la Constitution»), l’organisation qui a envoyé l’avion. Professeure de biologie, elle enseigne notamment la théorie de l’évolution de Darwin dans une université de Cleveland, dans le nord de l’Ohio. Elle s’emporte: «Ce n’est pas un musée, c’est une église, un outil d’évangélisation». Introduire un «élément surnaturel» (Dieu) dans une démonstration scientifique est un «pur non-sens», estime-t-elle. Aux côtés de plusieurs centaines de professeurs et d’enseignants de la région, elle a signé une pétition qui cherche à sensibiliser la population.

Pour les opposants, il y a péril en la demeure. Ils soupçonnent de complaisance les autorités du Kentucky et de l’Ohio et s’alarment surtout devant les coups portés à la séparation entre l’Eglise et l’Etat: ils craignent que la thèse créationniste ne gagne de l’ampleur et que l’on vienne à l’accepter comme une théorie rivale de celle de Darwin, digne d’être enseignée dans les cours de biologie. «En se prétendant scientifique, ce musée décrédibilise tous les autres, ceux qui le sont réellement», s’exclame la professeure. D’ailleurs, elle ne parle pas de muséum, mais de «supposéum».

Ce supposéum, au demeurant, n’est que la partie visible du travail de «Answers in Genesis», le groupe co-fondé par Mark Looy. Passé l’aile réservée aux visiteurs, on s’active dans les bureaux flambant neufs. Il faut trois personnes à plein temps pour répondre aux mails et aux téléphones qui arrivent d’un peu partout, sept personnes supplémentaires pour servir de conférenciers afin d’honorer les demandes qui affluent des églises. S’activent aussi les techniciens qui, en plus de faire fonctionner le musée bourré de technologie, confectionnent les DVD qui se vendent comme des petits pains aux côtés des revues et des livres («Pensez biblique», «La théorie de Darwin en crise»…).

Le responsable montre un vaste entrepôt débordant de matériel du sol au plafond: «Ce lieu n’est pas très loin de la Bible Belt américaine (Les Etats du sud les plus religieux, ndlr). Nous savions qu’ici nous trouverions le soutien des églises», explique-t-il. Le centre est abonné à toutes les revues scientifiques, et à des dizaines de magazines d’actualité. Mais il ne distribue que des informations conformes à la vision créationniste.

Dans la librairie du Musée de la Création, pleine à craquer en cette fin de matinée, la petite Debbie ne sait pas que choisir entre un livre de coloriage ou un puzzle. Pendant qu’elle hésite, sa mère interroge: «Vous êtes allé dans le planétarium? Vous n’avez pas eu le tournis en ressentant la grandeur de l’œuvre de Dieu?»

C’est la deuxième fois en deux semaines que cette famille de l’Indiana vient visiter le musée. Pour l’occasion, la mère et son mari ont revêtu un tee-shirt montrant la gueule d’un lion menaçant, accompagnée de ce message: «Cela ne s’est pas terminé au Colisée de Rome: on veut faire mourir les chrétiens!» Entre-temps, la petite Debbie s’est décidée: ce sera le puzzle, avec Noé qui accueille les animaux dans l’arche. Ils sont tous là: les chevaux, les chiens, les éléphants. Il y a aussi un couple de diplodocus et beaucoup d’autres dinosaures. «Noé les a choisis bébés, récite la petite fille. Comme ça, ils prenaient moins de place.»

© Le Temps, 2007 . Droits de reproduction et de diffusion réservés.


Vive Ségolène

Dans quel pays et avec qui souhaitez-vous vivre?

 

Afghanistan - Iran - Pakistan - Turkistan -

Turkménistan - Genghis’Khan

ou Sarkozystan


Quelle coucherie...

Je ne résiste pas…

à vous montrer le Bain Turc

peint par Ingres en 1862 à l’âge de 82 ans !

le-bain-turc.1173910218.jpg

découvert (sans jeux de mot) sur le blog de mon ami JCP


A découvrir...

Les extraits du livre www.paradis.info


www.paradis.info...suite

Chapitre 11.

… Un événement avait bousculé le train-train de la Commission : la mort du pape Jean-Paul II et la nomination de son succes­seur. …

…- Tu vois, mon cher, ces événements démontrent que, sans les hommes, Dieu ne peut pas réaliser toutes les améliorations souhaitables. À nous de jouer mainte­nant. Il faut que nous nous concertions avec nos collègues pour faire des propositions qui tiennent la route. Qu’en penses-tu ?- Moi, je serais d’avis de créer un site Internet, pour autant que cela soit possible depuis ici. Par exemple, on pourrait le baptiser : www.paradis.info

… A priori, il semble possible de faire fonc­tionner cette technologie entre le Ciel et la Terre, moyennant quelques aménagements. Grâce à ce nouveau média, les fidèles de nos trois reli­gions pourraient être en liaison directe avec le Paradis, sans intermé­diaires…

… Mis­sion fut confiée aux deux compères de descendre sur la Terre afin de mettre au point la technologie nécessaire….

Chapitre 12.

… Quelques heures après avoir, en quelques coups d’ailes, touché terre, les deux lascars roulaient à bord d’une Cadillac sur l’autoroute reliant Los Angeles à San Francisco. Ils avaient projeté de se rendre dans la ré­gion nou­velle de Silicon Valley, vouée corps, âmes et puces à la haute technologie….

… Ayant fait leurs emplettes aux Supermarchés de haute technologie, Steve et Victor avaient décidé de quitter la Californie pour aller à Genève rencontrer les chercheurs du CERN, et examiner la possibilité d’installer le site en territoire helvétique….

… Et c’est mon collègue Tim Berners-Lee et son équipe du CERN, dont je faisais partie, qui ont conçu le procédé permettant de présenter l’information sous une forme multimédia et inte­ractive, telle qu’elle existe aujourd’hui….

… Res­tait à trouver le site du site ! Victor avait une petite idée en tête et il en fit part à Steve…

… Avant de reprendre le chemin du Paradis, Victor avait encore une mis­sion à accomplir, la plus délicate de son périple terrestre, le rendez-vous avec la veuve de son ami….

Chapitre 13.

… Après moult palabres dans les couloirs, la Commission décida de se ré­unir à nouveau, inscrivant à l’ordre du jour l’audition des deux émissaires terrestres….

… Le premier écologiste avant la lettre, René Dumont, demanda la pa­role….

… Son constat était sans appel :

- Le monde court à sa perte si l’on ne prend pas des mesures dra­co­niennes dans les décennies à venir…

… René Dumont avait à peine terminé son plaidoyer qu’un groupe d’une centaine de personnes – en fait des âmes – fit irruption en pleine réunion. Le Bienheureux pape allait s’interposer avec autorité quand, su­prême surprise, il aperçut à la tête de ces intervenants : Jésus-Christ en personne !…

… Jésus expliqua qu’il avait pris la tête du mouvement de résistance « FLP », le Front de Libération du Paradis….

… Jésus remarqua, du haut de l’estrade, un homme blanc de petite taille, malingre et poilu, qui s’avançait en titu­bant vers lui….

Chapitre 14.

… Einstein, invité par Dumont à présenter un projet, se récusa en quel­ques mots :- A partir de la publication, en 1905, de ma théorie de la relativité, on n’a cessé de dire et d’écrire que j’avais changé la face du monde !…

… Victor exposa son projet :

- Depuis l’introduction du microprocesseur à des fins médicales, sup­pléant à la défaillance de certains organes, j’ai pensé que son déve­loppement et sa miniaturisation rendraient possible, dans le futur, son action sur les fonctions cérébrales de l’homme….

… Un vent de panique soufflait dans l’assemblée, effarée par les pro­pos de Victor….

… - Comment comptes-tu mettre en œuvre ce projet, ques­tionna Jésus ?- Einstein, Steve et moi avons pris langue avec Charles Darwin, le père de l’évolution biologique, qui a accepté avec enthousiasme de se joindre à notre entreprise….

La solution la plus rationnelle consisterait donc à créer une région ou une cité dans laquelle vivraient et se multiplie­raient les adeptes du grand ordonnateur….

Victor, qui fourmille d’idées originales et futuristes, suggère que Dieu, votre père spirituel, crée le sep­tième continent !…

… Darwin prit Victor à part pour le féliciter.- Votre projet futuriste est ambitieux, il va accélérer le cours de l’histoire humaine au-delà de toute imagination. Depuis l’origine de l’homme, son évolution a été très lente puis, ces derniers siècles et le dernier notamment, elle a pris les jambes à son cou, comme pour rattraper le temps perdu. Cependant la civilisation actuelle n’en est qu’à ses premiers balbutiements et, malgré des couacs malheureux, elle progresse inéluctablement. Votre puce organique, Victor, va réaliser en une génération ce que l’évolution naturelle n’accomplirait peut-être pas en deux à trois siècles….

Chapitre 15.

… Saint Pierre accueillit Victor avec déférence et lui parla franchement : votre assassin a été découvert et se trouve actuel­lement ici, en attendant qu’il soit statué sur son sort…

Chapitre 16.

… Avant de descendre sur terre, Jésus et les quatre acolytes avaient pris la précaution de se travestir, car il était impossible que les trois célébrités du groupe passent inaperçus….

… Jésus ne résista pas à l’envie de faire un détour par la Palestine de sa jeunesse. Il fut bouleversé de découvrir sa terre natale à feu et à sang, les collines de Galilée partagées en deux par un mur de béton….

Chapitre 17.

… Mission fut également confiée à Steve, l’informaticien, de rejoindre le plancher des vaches afin de superviser la réalisation de son projet et de procéder aux premiers essais. Pour éviter d’être accusée une nouvelle fois de machisme, la Commission lui adjoignit une collaboratrice, mais pas n’importe laquelle… puisqu’il s’agissait de Marie-Madeleine, en personne, la compagne de Jésus !…

… La principale étape avait été franchie : atteindre le Paradis par l’Internet !…

Chapitre 18.

… Soudain, une voiture de police déboucha en trombe de la rue de Berne, stoppa net en faisant crisser ses pneus devant le Willis Bar. En une fraction de seconde, deux policiers en civil descendirent sur le trottoir et, en un tournemain, embarquèrent manu militari un homme qui se trouvait là…

… Quelques instants plus tard, Steve et Victor rejoignirent le Capitaine dans le salon de l’hôtel. Ils lui apprirent que Charly avait été chargé d’informer les médias de la création de www.paradis.info et ils considéraient que sa disparition était peut-être liée à cette opération…

Chapitre 19.

… Le chambardement provoqué par le site www.paradis.info risquait de porter préjudice à la réalisation de l’opération Pacifia

… De mèche avec la CIA, on greffa des puces sur des tortionnaires ayant commis force crimes et exactions lors des derniers conflits.…

… Au bout de quelques mois, le monde entier fut informé officiellement de l’existence de Pacifia et de son implantation pays par pays…

.… Malgré la fiabilité des installations techniques et le sérieux de leurs contrôleurs, le grand ordonnateur tomba en panne….

Epilogue en 2039

… La Commission du Futur avait changé d’appellation et s’intitulait désormais : la Commission du Présent, chargée de superviser le suivi. …

… L’homme avait renoué avec la spiritualité franche et sincère des premiers croyants….

… Des pans entiers de l’économie s’étaient effon­drés, tels que l’armement, la sécurité, la chimie, la médecine….

… L’Enfer et le Purgatoire ne faisant plus recette, sauf à de rares ex­cep­tions,…

Il se rappela par ailleurs une rencontre qui l’avait fortement intrigué, celle de Toutankhamon ! Par quel tour de passe-passe, un pharaon pouvait-il avoir droit de cité au Paradis ?…

Les hommes, pour triompher de leurs peurs, avaient besoin, de tout temps, d’une croyance, même la plus folle, d’une religion, quelle qu’elle soit….

Victor se mit à douter et à s’interroger : « Père a-t-il donc raison de penser qu’au moment de la mort, la vie fait place à un rêve sans cesse renouvelé ?…..

En l’attente de son édition sur papier, recevez

www.paradis.info

par courriel en adressant votre commande à :

fredoberson@bluewin.ch

Il vous sera adressé sur votre e-mail contre un chèque de 5 euros adressé à

Fred OBERSON

CH 1281 Russin-Genève


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on a droit au Pernaut sur TF 1...


Le texte intégral de "Je crois en Dieu, moi non plus..."

est publié sur mon blog, bonne lecture!

Je crois en Dieu, moi non plus... Fred Oberson, Editions L'Harmattan, janvier 2006

Le texte intégral du livre est publié sur mon blog...

Je vous souhaite bonne lecture et j'attends vos commentaires

Fred Oberson


Chapitre I

De jour en jour, j'ai publié 43 épisodes du livre:

"Je crois en Dieu, moi non plus..."

Pour vous faciliter la lecture, voici la publication intégrale

Je crois en Dieu, moi non plus…

Fred Oberson,

Editions L’Harmattan, 2006

www.editions-harmattan.fr

Le bruit court que c’est Dieu le père qui décréta “que la lumière soit, et la lumière fut”... Pour moi, je dirais plutôt : Lascaux, Paolo Ucello, Pierre della Francesca, Poussin, Cézanne et la suite... - à voir -

Henri Cartier-Bresson

13 mars 2003

Chapitre I

Quelle idée farfelue a traversé l’esprit de Philippe LEGRAND mon père, de me baptiser, moi, son premier fils: “Alexandre”, et précisons, pour être conforme à l’état civil “Alexandre-Philippe”. Passe encore pour Harry COVER ou CUCHE Armand, deux potes que j’avais fréquentés à l’âge ingrat, et qui, comme, moi, ci-devant “Alexandre LEGRAND, avaient subi les plaisanteries de nos camarades et de nos copines respectifs. Mais mes copains n’avaient pas eu à supporter la notoriété de ce célèbre roi de Macédoine, maître de la Grèce et de l’Empire perse.

Mon père avait dû péter les plombs le jour de ma naissance, faire la java avec les copains pour fêter l’heureux événement et s’en aller, encore tout groggy, me déclarer à la mairie. Toujours est-il que ma mère n’apprécia pas ce diktat de plaisantin, elle qui souhaitait d’ailleurs mettre bas une petite Legrand et non pas un garçon. Une fille, c’est menu, c’est plus facile à passer en première couche !

Ironie du sort, moi, le grand Alexandre étais né tout petit, chétif, sans un poil sous le képi, presque un crevoton qu’on faillit élever dans une couveuse comme les poussins. Il fallut d’ailleurs attendre plusieurs allaitements pour découvrir que mon système pileux était couleur des blés.

Relevée de ses couches, ma mère décida sans l’avis de Philippe, son mari, de raccourcir le prénom de son nabot et m’appela Alex. Ouf !

Plus tard, j’ai cogité, j’ai cherché à savoir si ce n’était pas par un calcul subtil que mon père m’avait appelé Alexandre.

Je n’ai jamais eu de certitudes formelles mais des indices sérieux m’en donnent quasiment l’intime conviction. Par exemple, le Grand Alexandre avait succédé à son père le Roi Philippe II de Macédoine...

Troublant !

Et Alexandre Legrand serait ainsi le successeur de Philippe Legrand. Élémentaire, mon cher docteur Watson !

Philippe II avait conquis la Thrace au 4ème siècle avant J.C., Philippe Legrand voulait-il donc laisser des traces par l’intermédiaire de sa progéniture ?

Astuce ? Coïncidence ? Préméditation ? Etant donné ce qui va suivre, je penche sérieusement pour la préméditation, les vapeurs d’alcool n’ayant sans doute pas totalement embué son cerveau le jour de mon éclosion.

C’est très fort en chocolat...Léchez-vous les babines !

Les établissements LEGRAND faisaient dans la conserve de fruits et légumes et, la spécialité de la maison, le produit phare, la vache à lait du chiffre d’affaires, c’était la macédoine ! Inimaginable tout ce qu’on peut fourrer dans ces boîtes en fer blanc ! Tout ce qui n’est pas bon pour l’étal, quand c’est trop mûr, ou quand les producteurs sont exsangues, toute la merde décrite par Jean-Pierre Coffe vous est enfournée par camions entiers dans les autocuiseurs.

Le Grand Alexandre avait régné sur la Macédoine et le rejeton de Philippe régnerait à sa majorité sur les rayons des supermarchés avec la macédoine LEGRAND, celle qui vous donne de la pêche, du jus, du piment !

En piochant dans le syllabaire de mon enfance, ce vieux livre en carton écorné avec des dessins, des a, des l, des p et encore des A, des L et des P bien plus gros que les petits, j’ai découvert le mot PAL, et PAL correspondait exactement à l’abréviation de Philippe Alexandre Legrand. C’était le surnom usuel de mon père. Il m’avait donc chipé l’un de mes prénoms et pour compenser cet emprunt, il avait ajouté son propre prénom. Du troc de bougnat. PAL ne savait pas encore que quelques années plus tard, il remplirait ses boîtes en fer blanc de “Karibou-Ronron”, la pâtée pour chiens concurrente de PAL, pour le bonheur des actionnaires toujours prêts à tendre la patte comme des toutous pour toucher leur sucre annuel.

En voilà bien assez pour situer les deux bonshommes, je ne vais quand même pas vous foutre la nausée, vous faire gerber D’ici à ce qu’on accuse la macédoine !

Pour mes cinq ans, je reçus un cadeau inattendu... une petite sœur toute rouge comme une pivoine. Ce petit bout de viande criait, rageait, pleurait comme si on l’avait battu jusqu’au sang. Pour justifier son état sanguinolent de nouveau-né, à peine sortie du ventre de sa mère, mon père me dit qu’on l’avait trouvée dans les orties. Piquante..., elle l’était comme un hérisson ! Si bien que je préférais jouer avec mon gros lapin en peluche ou mon cheval de bois à bascule. Lui, il était docile; enfermé dans son parc comme la petite peste, il n’avait jamais sauté la barrière pour ruer dans mes tibias !

PAL, ayant de la suite dans ses idées fumeuses, baptisa en grande pompe cette petite chose rouge du prénom de Pomme. Pomme, comme la fameuse purée de pommes célébrée, aux quatre coins du canton par des affiches montrant, grandeur nature, un bambin déguisé en clown, plongeant sa menotte dans une grosse boîte en fer blanc, étiquetée en lettres majuscules “POMMES LEGRAND”

Grâce à la détermination de ma mère, je l’avais échappé belle. Mon père avait pourtant tout essayé, mis les bouchées doubles, pour que le gamin, sur l’affiche en technicolor ce soit moi, son “petit” Alexandre. J’aurais ainsi rejoint le miteux du lait en poudre Guigoz qui doit bien être centenaire aujourd’hui !

La rougeole, les oreillons, les petits et les gros bobos, tout ça ne fut que pipi de chat. Par contre, la Pomme, quelle chipie. Dès ses premiers pas, ce fut la corrida. C’était une tempétueuse, une griffeuse, une emmerdeuse de première. Et mon père lui donnait toujours raison, quoi qu’il arrivât et proférait des menaces du genre:

- Arrête de chicaner ta petite sœur ou je te fous une trempe.

Et j’en ai reçu des brimades et des fessées. En cachette, j’ai quand même réussi à me venger, à lui pincer ses joues rouges, à lui tordre les oreilles, et à la faire chialer plus souvent qu’à mon tour.

C’est ainsi que Maman prit progressivement mon parti. Elle me défendait, elle me protégeait contre ce père autoritaire qui n’avait d’yeux que pour sa Pomme.

Nous étions complices; Maman était tendre, douce, trop douce, trop aimante pour le jeune garçon que j’étais. Cela me dérangeait souvent, et développait en moi une sensiblerie qui me faisait rougir comme les filles et avoir la larme à l’œil pour un oui ou pour un non.

Des filles, j’en avais la voix, une voix cristalline de soprano, qui, si j’étais né un siècle plus tôt, n’aurait pas manqué de me faire subir le sort des castrats !

La qualité de mon organe... n’avait pas échappé à l’attention de l’instit, Monsieur CLAVIER, qui n’était pas pédophile, mais organiste et directeur de la chorale d’enfants de l’église Saint-Maurice où j’étais enfant de chœur. A l’école, aux leçons de solfège, j’avais le privilège de donner le “la” à mes camarades et de sauter la récréation, retenu par l’instit pour une leçon particulière ! J’ai donc bouffé des gammes, des do, des ré, des mi, des fa, et j’en passe, à la place des tartines au cho co la !

Enrôlé comme soliste dans le Chœur de Saint-Maurice, j’observais, d’en haut, tout à côté de l’orgue, mes copains restés simples “Servants de Messe” dans le chœur de l’église. J’en ai poussé à tue-tête des “Kyrie”, des “Gloria”, à faire cliqueter le cristal des pendeloques, au lieu de branler le goupillon et l’encensoir. Quelle promotion! PAL n’était pas peu fier de son rejeton. Il ne manquait aucune Messe chantée, alors qu’auparavant, c’est juste s’il daignait faire ses Pâques et assister à la Messe de Minuit. Pour le remercier de sa générosité, le Comité du Chœur l’élut membre donateur.

Ma nomination au Chœur de Saint-Maurice me dispensait dorénavant de servir les Messes et, en particulier, “les matinales”, en semaine, à l’heure du laitier. Ces matins-là, je devais sauter le petit déjeuner à pieds joints pour rejoindre de suite l’école primaire à sept heures trente. Il était hors de question qu’un enfant de chœur échappe au sacrement de l’Eucharistie en prétextant qu’il n’avait pas le ventre vide ! La Messe dite, je dévalisais la réserve des hosties, surtout les grosses, celles destinées au curé pour l’Elévation. Cet en-cas frugal s’accommodait fort bien d’un gorgeon de vin de messe et la barre de chocolat noir que Maman avait glissée dans mon cartable !

L’apothéose fut la soirée annuelle que le Chœur donna à la salle paroissiale pour les bonnes œuvres du Curé qui, peut de temps après, changea sa vieille Juvaquatre contre une Deux-chevaux gris souris du plus bel éclat. Nous avions répétés tout l’hiver des chants folkloriques, des sérénades sentimentales (Ah, Madeleine, pourquoi donc as-tu pleurée...) où je donnais la réplique à la fille du boucher qui se prénommait Danielle, sans doute pas tout à fait par hasard... Dans la boutique de son père, Monsieur Porchet, étaient suspendus de gros jambons “San Daniel” qu’il débitait en fines tranches à l’aide d’une sorte de baïonnette !

A l’entracte, nous passions entre les rangs des paroissiens pour leur vendre des billets de tombola qui s’arrachaient comme des petits pains. On me félicitait, on m’embrassait à me faire rougir comme la Pomme !

A la fin du concert, Monsieur CLAVIER annonça, avec un peu de regret dans la voix, que le petit soprano quitterait l’école primaire au printemps pour s’en aller poursuivre ses études, à l’automne, comme interne au petit séminaire de Voiteur. Les gens applaudirent à tout rompre, si bien qu’il m’a fallut chanter à nouveau “La Madeleine” avec la Danielle.


Chapitre II

Chapitre II

Maman m’avait préparé un trousseau: des linges, des serviettes, des caleçons, des chemises et des culottes sur lesquels elle avait brodé patiemment mes initiales “AL”.

Le jour du départ, à la fin septembre, PAL nous emmena, Maman et moi, à la gare. Il nous aida à porter les deux grosses valises le long du quai, puis à les hisser dans le wagon d’un train tellement long qu’on ne voyait ni la tête, ni la queue. C’était la première fois que je quittais ma famille et la petite ville de Sens pour aller vivre au loin dans une région, le Jura, que je ne connaissais pas. J’étais ému comme mon père en l’embrassant, en lui faisant des signes d’adieu alors que le chef de gare sifflait le départ de ce long serpent vert. La présence de Maman me réconfortait et j’étais fier de partir comme un grand. Il nous fallut changer de train deux fois pour embarquer ensuite, à Mouchard, dans une Micheline rouge, bondée de gamins de mon âge et d’autres plus âgés qui rejoignaient également l’internat. Cette machine pétaradante sillonna la campagne pour nous déposer dans le village de Voiteur, proche de Lons-le-Saunier. De là, un autocar nous emmena aux abords d’un château entouré de hauts murs. Devant cette construction aux apparences mystérieuses, je me mis à fantasmer à l’idée de jouer les héros des romans de la collection “Signes de piste”, l’équivalent pour les garçons de la bibliothèque rose des filles.

En fait, bien loin d’un cadre de romans d’aventures, l’internat chez les missionnaires allait m’aguerrir. Lever six heures, puis messe, étude, petit déjeuner, silence et c’était parti pour une journée d’enfer, que dis-je un trimestre entier sans retour au bercail. A douze ans, loin de maman, du cadre familial, ce n’était pas tous les jours la fête ! Sans oublier les moqueries de mes “cons de disciples” qui s’abattaient sur moi comme un orage au mois d’août, du genre: le petit Legrand, haut comme trois pommes, le légume miniature, le petit cornichon qui dort avec ses copains dans une boîte de sardines et joue au football sur une table de ping-pong ! Du coup, j’étais devenu le leader des petits, le porte-drapeau des souffre-douleur, rôle que j’avais déjà tenu à l’Ecole primaire car les “grands” ont toujours eu un malin plaisir à s’acharner sur les petits. Le seul moyen de les moucher ces gros corniauds, de planquer mes complexes au rancart, c’était d’être le meilleur en classe, ce à quoi je m’appliquais chaque jour.

Entre nous, je n’avais qu’à m’en prendre à moi-même car c’est tout seul que j’avais pris la décision de préparer mon bac en internat chez les curés à l’autre bout du pays.

PAL était devenu furax à l’idée que son fils allait entreprendre des études classiques. A son avis, l’héritier pressenti d’une conserverie doit suivre la filière normale, la technologie de la mise en boîte et les études de commerce pour ouvrir de nouveaux marchés à l’exportation, dans les futures ex-colonies, en Afrique, aux Indes abandonnées en 1947 par les sujets de sa gracieuse majesté britannique. Ma décision irrévocable mit fin à cette litanie de Legrand senior.

Avec le recul, il me fallut bien admettre que Philippe Legrand, mon père, ce sacré petit chef d’entreprise paternaliste, avait pressenti, une décennie avant les autres, le grand chambardement de la décolonisation. C’est l’occasion de me montrer, pour une fois, fairplay avec lui.

Coïncidence. Ce fut à cause de l’Afrique que je m’étais retrouvé chez les curés, au petit séminaire. A cause d’un Père blanc de retour de chez les Noirs. A l’époque, les paroisses de chez nous avaient la coutume de recevoir ces missionnaires d’Afrique noire à Pâques ou à la Noël pour leur demander de confesser les bigots de leurs péchés inavouables. Ils prêchaient l’Evangile colonial et quêtaient pour les petits nègres de la crèche, qui eux, au moins, disaient merci en hochant la tête à chaque petite pièce glissée dans la tirelire. Et, comble de malice, en sensibilisant ainsi les minots, ces missionnaires les attiraient dans leurs collèges, les conditionnaient à longueur d’années pour les basculer, ni une ni deux, au grand séminaire et les enrober de noir ou de blanc en Fac de Théologie.

C’était la loi des statistiques: plus on en captait au départ de ces boutonneux, plus on avait de chances d’assurer la relève des Pères blancs, ces grands échassiers qui s’en retournaient le jabot plein, saison après saison, de l’autre côté de la Grande Bleue.

Avais-je succombé au sermon altruiste de ce “père” qui ne ressemblait en rien au mien ? Était-ce cette extrême sensibilité distillée à dose homéopathique par Maman ou l’amour infini que j’éprouvais pour Jésus-Christ ? Toujours est-il que j’étais tombé dans la trappe du Père blanc comme un bleu. A cet âge-là, on ignore la valse hésitation, on ne pèse pas le pour et le contre. J’avais décidé, tout seul, de couper le cordon ombilical pour la deuxième fois !

Je devais une fière chandelle à Maman, ma complice, qui lutta, bec et ongles contre PAL, pour que son petit Alex puisse réaliser son souhait. J’avais réconforté mon père en lui disant que peut-être, un jour, je vendrais l’Evangile dans le continent noir à la place des boîtes de conserves, la nourriture spirituelle en lieu et place de l’alimentaire. Ce n’était qu’une question de conditionnement et de marketing !


Chapitre III

Chapitre III

A l’internat, les mois et les trimestres s’enfilaient à la queue leu leu sans que je m’en aperçoive, tellement le rythme était pris. Insensiblement, je devenais de moins en moins ignare des choses de la vie, de la religion, de la géographie, de l’histoire ancienne et même des affaires politiques de la quatrième République. Les curés n’étaient pas bavards sur l’actualité. Pas de journaux, pas de radios; nous vivions en vase clos, mis à part quelques rumeurs colportées à la récréation par les grands. Tout juste avions-nous appris que la Grande muette avait pris une sacrée raclée lors de la chute de Diên Biên Phu en mai 1954. La France perdait l’Indochine, la première colonie d’une longue série à venir ! Les Pères blancs se faisaient un souci d’enfer pour leur mission située dans le Viêt-Nam Sud. Tôt ou tard, elle passerait sous le joug des Viêts et, par déduction, l’éventualité que j’aille un jour semer la bonne parole chez les yeux bridés s’estompait.

Les dimanches de pluie, nous avions droit à la séance diapos et parfois au cinéma. Un gros bonhomme, doté d’un tarin cramoisi, extrayait un énorme projecteur 35mm d’une fourgonnette Peugeot 402 et l’installait dans le réfectoire. Avec le cinéma, on n’avait pas droit, bien sûr, aux films à galipettes mais à St. Vincent de Paul, le Curé d’Ars, Le Journal d’un curé de campagne et, celui qui nous faisait bander, Il est minuit Dr. Schweitzer, à cause de la belle infirmière. A croire que nos missionnaires pratiquaient l’œcuménisme avant l’heure pour avoir la hardiesse de nous démontrer le dévouement d’un pasteur protestant, médecin alsacien, en train de soigner les corps des Angolais avant de se préoccuper de leurs âmes !

Avec les diapos, on visitait toutes les missions d’Afrique, de Madagascar et même celles de l’Indochine. Selon le bon vouloir des Pères, les aventures de Tintin et Milou complétaient parfois ce tour du monde en noir et blanc !

Nos profs, des missionnaires en congé sabbatique, alternaient leur présence en France avec leur séjour en mission sur le terrain brûlant des colonies. Ils étaient doués d’une habileté de jésuites et, d’ailleurs, j’en soupçonnais plus d’un d’avoir fait partie de la célèbre Compagnie de Jésus. Ils avaient l’art et la manière de nous convaincre et de nous vendre l’exotisme à la manière d’une agence de voyage.

En fins psychologues, les Pères pressentaient déjà ceux d’entre-nous chez qui le bourrage de crâne avait annihilé toute capacité de résistance.

J’étais croyant et je sentais en moi une force intérieure - la vocation - s’accompagnant du désir d’aller convertir les païens, en leur enseignant les Evangiles, surtout celui de Saint Jean, mon préféré. Il m’importait peu de devoir suivre le cursus obligatoire, (séminaire, Fac de Théologie, prononciation des vœux) pour être enfin digne de servir le Seigneur, d’être, à mon tour, un évangéliste, de couper ma cape en deux pour donner chaud à celui qui avait froid. Je me remémorais les paroles et les miracles de Jésus: le Sermon sur la montagne, la Multiplication des pains, la Pêche miraculeuse, les Noces de Cana, la Manne céleste. Aux croyants, tous biens matériels leurs étaient donnés de surcroît.

C’était magique, magique comme le catéchisme de mon enfance, illustré en couleurs, qui représentait Dieu le Père émergeant d’un nuage gris, les bras étendus, protégeant la terre et les hommes. Magique comme le prophète Moïse, sur le Mont Sinaï, qui détruisit le veau d’or pour recevoir de Dieu les Tables de la Loi, les Dix Commandements de l’Ancien Testament. Magique comme Jean-Baptiste, le prédicateur, qui purifiait ses adeptes en les immergeant dans les eaux du Jourdain. Même la crucifixion de Jésus, au Mont des Oliviers, me semblait magique, surnaturelle, puisque le Seigneur allait ressusciter d’entre les morts, deux jours plus tard, le jour de Pâques !

Toutes ces images, tous ces récits fantastiques ont bercé mon enfance, m’ont fait rêver comme un conte de fées, ont forgé ma foi, ma vocation.

Je n’étais pas le seul dans cet état d’esprit. Les papables s’étaient repérés les uns les autres sans se préoccuper de savoir s’ils faisaient partie du lot des pressentis. Nous formions une sorte de coterie, nous retrouvant toujours ensemble pour suivre frère Jean-Marie, le pion breton, lors des promenades sur la colline de Château-Chalon ou pour pérorer sous le grand chêne du préau que nous avions baptisé “L’arbre aux palabres”, l’exotisme en moins.

Il y avait Bernard, l’intello, le matheux, le premier de la classe qui nous laissait loin derrière lui à chaque bulletin de notes trimestriel. Pas étonnant qu’il fût brillant, il avait de qui tenir: son père, Raymond, était Inspecteur d’Académie et sa mère, Louise, professait la littérature au lycée d’Aix-en Provence. Nous étions surpris qu’un Provençal, en parlant avec “l’accent” du Midi, soit un être tout entier de rigueur et de sagesse. Comme quoi le soleil ne lui était pas tombé sur la tête car, pour nous, les Nordiques..., la Provence, Marseille, nous faisaient penser aux pitreries de Fernandel ou aux aventures de Tartarin de Tarascon ! D’ailleurs, pour le faire tiquer, nous prenions un malin plaisir à l’appeler “Daudet” ou “Don Camillo”, ce qui le mettait en colère, mais une colère qu’il savait contenue !

Maurice, notre conscience, de deux classes en avance sur nous, était un Jurassien pacifiste, sans doute parce que son père était marchand de pétards à Champagnole. Il était le seul à se sentir vraiment à l’aise, comme chez lui, puisqu’il n’avait traversé qu’une campagne vallonnée pour rejoindre l’internat. C’était un peu notre nounou, à qui nous pouvions confier nos chagrins et montrer nos petits bobos. L’arbitre impartial qui calmait le jeu lors de conflits entre camarades.

Un étranger, Guy, un petit Suisse montagnard, faisait partie de la coterie. Nous l’avions surnommé “le chineur” car il piquait nos fromages à tartiner (le mal du pays, ça se soigne). Il parlait avec la lenteur d’un escargot mais réagissait à la vitesse de l’éclair lorsque nous nous amusions à lancer des piques à cet immigré ! Elevé derrière le cul des vaches, il était fier de son terroir, mais s’était vite assimilé à notre bande de pseudo-citadins.

Alain, le Parisien, le beau ténébreux, complétait cet “aréopage” hétéroclite. Il avait hérité du surnom de “Grand Meaulnes” parce qu’il bouquinait un livre par jour, même la nuit, sous le duvet, à la lumière d’une pile Wonder. Dès qu’il avait été en âge de lire, sinon de comprendre, il avait pioché dans la bibliothèque de son père, journaliste au Figaro et écrivain à ses heures. De quoi nous snober en tant que Parisien et nous donner des complexes par sa culture générale.

Parfois des camarades de classe, que l’on appelait “les intermittents”, se joignaient à nous et ramenaient leur grain de sel comme un cheveu sur la soupe !

Au début, nous nous étions questionnés les uns, les autres, sur les raisons de notre séjour chez les missionnaires. Alors que nous venions d’horizons différents, nos motivations se rejoignaient néanmoins sur l’essentiel, à savoir devenir prêtres pour, ensuite, partir en mission. Nous avions abordé le sujet du célibat des prêtres, avec les vœux de chasteté que nous serions appelés à prononcer le moment venu et à respecter tout au long de notre existence.

A notre âge, le problème de l’amour, de la sexualité, ne s’était pas encore posé de manière tangible. Nous avions bien une petite idée sur la chose..., ne serait-ce qu’en observant nos aînés ou en ressentant déjà quelques manifestions d’ordre physique ! A l’époque, l’éducation sexuelle n’avait pas encore franchi les portes de la maison, de l’école et, encore moins, celles d’un internat catholique. C’était un sujet tabou parmi tous les tabous, que personne n’abordait.

Maurice nous expliqua tout simplement que nous ne serions ni les premiers, ni les derniers à vivre l’abstinence sexuelle. Les moines, les pères, les sœurs que nous avions rencontrés, n’étaient-ils pas heureux, sereins, comme habités par un rayonnement intérieur à nul autre pareil ? Consacrer sa vie à Dieu se situait à un tel niveau métaphysique, à une telle élévation de l’âme et de l’esprit que nous ne serions pas tourneboulés par la question de la chasteté.

Partir, quitter cette Europe frileuse, le soleil pâlot, le crachin des grandes cités, qui n’y avait songé au moins une ou deux fois dans son existence ? Pour la coterie, le départ en Afrique, c’était le sujet de conversation préféré. A se demander si notre décision de devenir missionnaires n’était pas un moyen pour se retrouver un jour de l’autre côté de la méditerranée ! Cela s’appelle prendre le chemin des écoliers...

Alain nous faisait déjà fantasmer.

- Je monte dans le PLM (Paris-Lyon-Marseille), je sillonne les trois-quarts de la France, je rejoins la Gare St. Charles à Marseille, je descends la Canebière pour rejoindre le Vieux Port, les quais de la Joliette et j’embarque sur un paquebot de la Cie Générale Transatlantique. Une fois en mer, je dis bonjour en passant à Edmond Dantès au Château d’Yf et je fais un signe de croix à la Bonne Mère.

- Si je te suis bien, tu es déjà arrivé avant d’être parti !

- N’oublie pas que depuis l’avènement des colonies au 19ème siècle, l’Afrique française, anglaise ou belge a la cote. Elle a fait rêver des milliers de gens et les fait toujours gamberger. Mais moi, je partirai.

- D’accord, mais ce n’est pas demain la veille avec toutes les années d’internat, de séminaire et de Fac que tu dois te coltiner.

- Attends, attends, je n’ai pas encore dit mon dernier mot à ce sujet.

- Ok Alain, on en reparlera.

Nous ignorions que trente à quarante ans plus tard, grâce aux cinq semaines, aux trente-cinq heures, aux ponts de Pâques, de la Trinité et de tous les saints du calendrier, on irait au Club Med de Casamance ou d’Agadir comme on prend le train pour la province. Mis bout à bout, tous ces ponts font la nique à Tancarville. Les voyages à l’autre bout de la planète, c’est, aujourd’hui, d’une banalité déconcertante, à la portée de la populace d’en bas. Trouvez-moi un péquenot de la France profonde qui n’ait pas posé ses charentaises au Sénégal ou en Côte-d’Ivoire et je vous refile un ticket de loterie gagnant. Ils bichonnent leur 4x4, leur collent des autocollants LEGRAND, décrochent leurs bétaillères et s’en vont faire des sauts de puce sur les montagnes russes du Sahara.

Maurice, nous donna un magistral cours d’histoire, car nous les jeunots, nous en étions encore, selon le programme de l’Education nationale, aux fornications de Cléopâtre et de César, quelque part dans la basse Egypte, entre Alexandrie (tiens, ça m’interpelle...) et le Caire.

- Autrefois, dit-il, on n’allait pas aux colonies pour la bronzette et le ti-punch sous les cocotiers, mais pour coloniser, dominer, asservir, piller l’or et le diamant et faire trimer des sous-hommes, des Mau-mau, des Zoulous et même des Arabes. C’était une expédition qui se préparait de longs mois à l’avance dans l’effervescence d’un changement radical de vie.

Nos concitoyens se faisaient nommer dans l’Administration coloniale ou embrassaient la carrière militaire. Avec tous les avantages des expatriés, bungalows, boys, nounous, chauffeurs et moustiquaires, vacances en métropole une fois l’an, à la Bourboule ou à Evian, dans les Alpes pour le bon air, à Vichy pour le foie et le reste.

- Maurice, toi qui connais tout ça, tu sais bien que pour faire fonctionner les colonies à la manière de la France, il fallait aussi des artisans, des commerçants, des paysans, des docteurs ?

- Bien sûr, Alex, tout ne s’est pas fait en un jour. Pour ne citer que l’Afrique, la France avait installé des comptoirs marchands, au 17ème et 18ème siècle, sur la route des Indes, celle des épices, au Sénégal, à Madagascar, à la Réunion, à Maurice. Dans ces régions, la France avait déjà posé ses grands pieds. Mais les autochtones ne nous avaient pas attendus pour faire fonctionner leur économie locale. Les souks, ça existait bien avant nous. Bien sûr que des milliers de Français, d’Italiens, d’Espagnols, de Maltais de toute condition et de toute profession se sont rués vers ces nouveaux Eldorados. En Afrique du Nord, on les appelait “les pieds noirs”.

La première des colonisations indignes de ce nom, c’est la prise d’Alger en 1830 par la Grande muette, celle qui fait parler la poudre, suivie d’une guerre contre Abd-el-Kader durant quinze ans pour asservir l’Algérie tout entière jusqu’à Tamanrasset.

Bernard nous colporta une information que nous ignorions mais qui nous concernait directement : “La Société des Missionnaires d’Afrique, les Pères Blancs, à été fondée à Alger en 1868.” Et il ajouta :

- C’est en partie grâce aux nombreuses congrégations de missionnaires, présente dans les colonies, que la vie des peuples colonisés a été adoucie. Nous sommes là pour reprendre la relève dans quelques années !

- Tu as raison, lui répondis-je, il fallait bien donner le change aux colons, ces grands propriétaires terriens qui se sont installés pour le franc symbolique sur des superficies immenses où ils ont fait fructifier leurs comptes en banque, les agrumes, la vigne et les céréales qu’ils envoyaient au continent par bateau entier. La main-d’œuvre locale était corvéable à merci et payée au lance-pierre.

Et Maurice, de continuer :

- D’autres territoires, qui n’étaient pas encore des pays, sont tombés comme des mouches, sans qu’on ait tiré un coup de fusil. Il y eut des annexions comme la Nouvelle-Calédonie, des protectorats pour la Tunisie et le Maroc. Regardez la carte d’Afrique, dans sa partie supérieure, d’ouest en est: ces lignes toutes droites, les frontières, ont été tracées avec une règle d’écolier, sans tenir compte des tribus et des ethnies. A part la Chine et le Japon, il n’y a quasiment aucun pays du tiers ou du quart monde, auquel s’ajoute l’Amérique du Nord et du Sud, qui n’ait été envahi par les Européens.

Guy, le petit Suisse qui ne connaissait pas grand-chose de l’histoire de France et encore moins des colonies puisque son pays était resté cloîtré dans ses montagnes, voulait en savoir plus sur la jungle impénétrable et les aventuriers de tout poil qui écumaient ces territoires vierges.

- Alain, depuis ton embarquement virtuel à Marseille, tu as déjà dû rejoindre les côtes d’Afrique noire ! Ne remontes-tu pas maintenant le fleuve Congo à bord d’une pirogue ?

- Ne plaisantez pas, les gars. Je peux vous dire que pour les baroudeurs, les chercheurs de tout et de presque rien, les orpailleurs de la course aux pépites, c’était l’Aventure avec un grand A, mille occasions d’avoir la boule à zéro dans la forêt extra vierge bourrée de serpents à sornettes et le bol de se trouver pif contre pif avec le roi de la jungle le bigleux. Mais le top des tops, le must des musts, le rubis sur la galette de manioc, moyennant une topette de whisky de contrebande au pisteur, c’était l’invitation au célèbre tournoi de pétanque africaine -ça se joue avec des noix de coco- organisé en pleine brousse par la